Être soi-même…

Michael Hull

Ce matin, un collègue de travail est venu me présenter le fruit de son labeur. Cette personne que je croise à tous les matins, qui me sourit et ma salue, je la connais peu au fond. Et aujourd’hui, je lui ai découvert un talent de minutie et de passion : il sculpte des pierres précieuses. J’ai été touchée qu’il s’ouvre ainsi en me présentant sa « collection ». Démontrer sa vulnérabilité et sortir du cadre du travail n’est pas donné à tout le monde.

Ça m’a fait réfléchir sur ce qu’on montre de nous, sur la partie qu’on ose exposer versus la part de nous qui demeure dans l’ombre, de peur d’être jugé. Quand on est petit, on n’a pas cette crainte, on avance, on s’amuse et on n’est aucunement conscient de toute cette réalité qui bourdonne autour de nous. Et un jour, lentement et insidieusement s’installe au fond de nous la petite bête de la comparaison. Suis-je assez ceci ou cela, vais-je être accepté dans tel groupe, va-t-on me rejeter ou m’accepter comme je suis… Tous ces questionnements arrivent un jour ou l’autre et polluent notre estime de nous-mêmes.

Apprendre à se connaître, se valoriser dans des activités qui nous ressemblent avec des gens qui nous respectent aident à se forger une personnalité forte, capable d’affronter les tempêtes. Avec du recul, on comprend cela mais malheureusement, la vie a parfois fait ses ravages et on doit reconstruire une partie de nous qui a été durement touchée dans notre enfance et notre adolescence.

Je repense aux publicités que l’on voit actuellement sur l’intimidation qui nous racontent des situations et ce que les gens auraient aimé faire autrement. Je les trouve d’une simplicité désarmante et surtout efficace. On n’a pas besoin de voir les blessures, de voir un jeune se faire frapper dans la cour d’école, pour comprendre la douleur engendrée par ce phénomène destructeur. On peut fort bien se l’imaginer car tout un chacun, nous avons déjà vu ou subit cela. Personne ne peut se vanter de n’avoir jamais assisté à une scène malaisante où une personne a fait face à la méchanceté humaine.

Parfois, dix ans plus tard, la victime explose et toute l’accumulation refait surface, sans qu’on ne comprenne pourquoi. Et un long processus s’enclenche pour elle afin de se libérer de son passé pesant.

Alors je reviens à l’origine de ce texte : la passion et l’audace de la montrer. Oser être qui l’on est et faire fi des regards hautains, des jaloux et des gens qui rigolent dans un coin mais qui au fond nous envient d’avoir cette force en nous.

Je me suis bien souvent sentie différente des autres et je me souviens d’une personne qui m’a dit un jour : tu te sens seule parmi les gens. Aujourd’hui, je réalise que je ne voulais pas être comme tout le monde simplement pour ne pas détonner. J’en étais incapable. Tenter de rentrer dans un moule le faisait mal.

Et je constate que malgré les obstacles, ça a fait de moi une personne résistante et résiliente car avec mon parcours atypique, j’ai pu découvrir des choses que je n’aurais pas pu connaître sur la belle route tranquille. Et ça, ça me rend fière.

 

Photo : Unsplash | Michael Hull

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